souvenirs de Toussaint et dur labeur

Publié le par Mary's Angeldream

Privée de clavier ce matin j'étais ,donc un peu de retard sur mes commentaires j'avais .Ainsi que sur mon article...
Comme promis voici un extrait du livret "4 lutins dans l'herbe " qui raconte  (humblement ) mon enfance



TOUSSAINT A INGERSHEIM

 

Les fêtes religieuses rythmaient l'année et en général occasionnaient des festivités .Bien sûr il fallait passer par l'église d'abord mais .....

 

Toussaint : c'était forcément à Ingersheim puisqu'on y avait planté tous nos morts et une famille aussi nombreuse que les B...  compte pas mal de stations au cimetière.

        La cérémonie à l'église semblait longue, car le curé était du genre, "2 de tension," .L'église elle-même très vaste développait un écho qui rendait les paroles incompréhensibles,, .Je me laissais bercer par la mélopée monotone qui sortait du micro , tout en observant le curé. Très grand et très maigre , la tête déplumée il ressemblait à un oiseau , une grue cendrée ou quelque chose comme ça .
Ce jour-là j'observait que sa pomme d'Adam très proéminente dépassait de la soutane et  , fascinée je ne le quittais plus des yeux .

        Après une prière, il y eut un long silence , puis le curé s'approcha du micro , tendit son long cou , ses paupières se fermant comme chez les poules par en haut et par en bas , et de sa voix gutturale il se mit à hululer " doooominus vobiscuuuuuuum".

Le comique de la situation rajouté à mon imagination et à l'instant solennel , suffit à faire monter en moi un petit rire vite caché par un plongeon de la tête en avant .Il est possible de se retenir tant qu'on se croit seul ; hélas en tournant la tête pour vérifier que ma grand-mère ne m'avait pas repérée, je croisais les yeux brillants de rire de mon père (pour ce genre de bêtises, on a toujours été synchros ). 
Impossible de refréner un fou rire quand on a un complice dans la place .Et nous voilà, tous les deux à guetter le moment où le curé ouvre les lèvres près du micro et où vont encore sortir des borborygmes qui déclenchent chez nous un rire de plus en plus difficile à dissimuler .Evidemment mes frères se rendirent vite compte qu'ils avaient là une bonne occasion de se distraire et se mirent au diapason . J'expliquais les raisons du fou rire à Dominique (frère n°1) entre deux hoquets ; il eut un peu de mal à faire suivre l'information, car maman avait flairé le coup.

 Elle nous fit signe de nous calmer d'un air faussement sévère et fila un léger coup de coude à mon père .Je crois que ma mère , toujours si raisonnable devait faire des efforts surhumains pour rester sérieuse .

Ma grand-mère commença par nous faire des signes menaçants du style," vous serez privés de dessert...".
Le dessert se composait forcément de cerises mises en bocaux à la fin de leur saison et inévitablement des dizaines de petits asticots nageaient dans le jus sucré ; certains avaient même péri au moment de leur fuite et dépassaient à moitié hors de la cerise . Ma grand-mère , que j'appellerais désormais par son petit nom , Luviss, ne tolérait pas que l'on fasse la fine bouche, car pendant la guerre on n'avait pas de cerises et que les asticots étaient de la viande et rien de plus . Nous mangions donc stoïquement nos fruits en essayant discrètement de pousser les indésirables sous le tas de noyaux .

 Donc la menace de Luviss déclencha chez nous une nouvelle crise et pleurant de rire on se pliaient en deux pour se cacher .Mon père qui était juste à côté d'elle se fit traiter de "nakela" c'est à dire en français "d'andouille" . Ah quelle cérémonie! La prochaine messe à Ingersheim ne nous apparaissait déjà plus comme une corvée...

Sous les hoquets indignés de Luviss nous suivîmes le cortège vers le cimetière .Toussaint est l'occasion de sortir et de montrer ses vêtements d'hiver et surtout les neufs et le tour des tombes est bien l'occasion de parader comme des poules japonaises.

Arrivés devant une tombe il fallait d'abord tremper un rameau d'if dans l'eau bénite et faire le signe de croix puis aller se faire une petite place en évitant de piétiner la pierre du défunt ou celle des voisins . Il fallait être habile, car en général les allées sont très étroites afin de gagner un max de place . 
Les voilà déjà bien entassés à notre arrivée et c'est ce que mes frères et moi préférions ; trempant profondément la branche d'if dans l'eau bénite, nous faisions alors un très ample signe de croix arrosant généreusement les personnes autour de nous ...La première tombe était la plus facile mais après il fallait ruser, car Luviss et ma mère étaient aux aguets et finissaient par guider nos mains pour un tout petit signe de croix ou alors nous faisaient passer le rameau après l'avoir égoutté...Pas de chance .

C'était surtout l'occasion pour chacun de retrouver un cousin ou une tante depuis longtemps perdus de vue , de prendre des nouvelles des uns et des autres ,de s'extasier sur la taille des enfants qui ne cessaient de grandir d'une année à l'autre et qu'on ne reconnaissait plus ... Il y avait là une petite vieille,, , tanta Marie , qu'on avait repéré, car elle cachait dans son sac des barres de chocolat Jacques , qu'elle réservait aux enfants . Et le soir , dans la voiture sur le retour , nous sucions avec délice le luxueux chocolat en comparant nos parfums.

Après avoir bien vérifié que les tombes étaient en ordre , repéré celles ou il faudrait aller piquer des semences d'une nouvelle sorte de pensée encore inconnue , nous partions gaiement vers l'ancienne poste; dans la demeure de la pétulante "tanta Anna", se réunissaient pour l'occasion tous les membres encore vivants et surtout très joyeux de cette grande famille .

On s'empiffrait de Kougelhopf , de noix ,de cacahuètes ,de lard et des derniers raisins qui avaient échappé aux vendanges et dont les saveurs nous enivraient légèrement .Pendant ce temps les grands débouchaient de bonnes bouteilles de vin nouveau qui donnait des coliques et de vin blanc que mon père ne supportait pas (ce qu'il oubliait dans la liesse du moment et payait en général à peine rentré).

Mais quoi , c'était  la Toussaint après tout !

 
P1000677.JPG

Pour vous remercier de m'avoir lue ,une petite vue des bords du Rhin .Le canard est allemand et habite juste à 200 m derrière
 Et pour finir une petite rareté découverte au péril de ma vie : un édelweiss d'alsace ...


Demain j'aurai sûrement fini mon travail en cours et il y aura une devinette

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Nos aventures

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
G
"A la Toussaint les canards ont pensé à l'Alsace"
Répondre
N
Bonjour mary,j'ai tout lu pour la Toussaint,vous fêtez encore ce jour? Et vous en faîtes des cérémonies au cimetière.En plus tu es comique.<br /> ici,il n'y a plus de fête,je ne dirai pas que c'est une bonne chose car on en a enlevé beaucoup.Bye et A+
Répondre
I
Finalement ce qu'on oublie... c'est que la Toussaint c'était unen^fête aussi !<br /> Merci d'avoir partagé tes souvenirs avec nous !<br /> Je sais j'arrive après la fin de l'histoire mais je cours après le temps !<br /> BIZZZZZZZZ<br /> J'adore ton edeilweiss !
Répondre
D
Un vrai plaisir de lecture, et un rictus coincé sur les lévres...J'imagine très bien le tableau avec papilou. bisous
Répondre
B
Merci pour cette belle histoire ! Au moins à la Toussaint en Alsace on rigolait bien !<br /> Bonne soire <br /> LIZAGRECE
Répondre